mercredi 27 mai 2009

Le Kid, (re)(re)début

(Une salle de jeu plongée dans le noir. Quelque part quelqu’un joue avec une pile de jetons, les faisant s’entrechoquer, les empilant, désempilant. Soudain le bruit s’arrête. On allume une cigarette. La cendre brille dans le noir. Doucement une lampe suspendue au dessus d’une table de jeu s’allume. Cinq chaises autour. Le joueur est assis sur l’une d’entre elles, il porte des lunettes de soleil, un jeu de cartes et une pile de jetons sont posés devant lui.)

Le joueur
Il ne s’agit pas de chance. Jamais. Ceux qui disent qu’il s’agit de chance ne savent pas à quoi ils jouent. Ceux qui comptent sur la chance sont certains de perdre. La chance est une pétasse d’allumeuse. On peut pas lui faire confiance. Elle te caressera la cuisse puis embrassera le cou d’un autre joueur dans la même seconde. La chance excite tout le monde mais ne couche avec personne. La chance s’amuse avec le joueur, elle le fascine. Elle danse devant son nez pour qu’il ne se maîtrise plus. Et quand il est fou d’elle, le cœur sec, elle l’abandonne comme un chien au bord d’une route la veille des grandes vacances.

(Un temps.)

Il n’y a qu’une seule carte qui s’adresse à la chance au poker. On l’appelle la rivière. La toute dernière carte qu’on retourne sur la table, celle qui peut faire avorter la meilleure stratégie, qui peut bluffer un bluff, retourner les situations, inverser les statistiques. On l’espère autant qu’on la redoute. Car le lit de la rivière est une tombe qu’on creuse avec la chance à ses côtés. On n’y baise pas, on y crève.

(Un temps.)

Dans toute ma vie de joueur de poker, je n’ai jamais attendu la rivière. Je n’ai jamais attendu la dernière carte. Mes mains sont faites avant qu’elle ne s’annonce. On risque trop à laisser la chance s’inviter à la table. Se noyer peut-être, se noyer dans l’eau verte de la rivière et suffoquer. Mourir d’avoir cherché la chance, belle fin pour un joueur. Je tente le coup. Je tente la chance. Ce soir, ici, à cette table, la main la plus importante de ma vie se jouera sur la rivière.

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