lundi 19 janvier 2009

Le Kid (suite)

Un jour, Jimmy la Botte a voulu jouer contre moi. J’avais neuf ans, lui, 34 dont 17 passés à récupérer les pots de vin chez les commerçants récalcitrants pour la Famiglia. On l’appelait la Botte parce qu’il aimer bien exploser les têtes des mauvais payeurs à coups de santiags. Un artiste dans son genre. Un nerveux… Le genre de type qu’il vaut mieux ne pas mettre en rogne. Mon vieux m’a fait venir derrière le comptoir. C’était la première fois. D’habitude, je grimpais sur un tabouret et je payais mon verre de Coca. Un client tout ce qu’il y a de plus normal. Ce jour-là, mon père a soulevé la tablette du comptoir pour me faire passer derrière, dans son territoire. Il aurait pu la laisser abaissée, j’étais pas assez grand pour que ça me dérange, mais je crois qu’il voulait marquer le coup et bien me faire comprendre que ce qu’il allait me dire était important. Je sais pas trop si j’ai bien compris, j’étais plutôt impatient de mettre une dérouillée à Jimmy la Botte alors le symbolique, j’en avais pas grand chose à cirer. Mon père m’a regardé droit dans les yeux et il m’a dit « laisse le gagner » ça m’a scié.

Aujourd’hui je sais toujours pas si mon vieux s’inquiétait pour moi ou pour son petit commerce. A l’époque, j’ai pas cherché à comprendre, j’ai fait ce qu’il m’a dit. C’était lui qui décidait et j’avais rien à dire. J’ai laissé Jimmy la Botte gagner mais au fond de moi, ça devait pas vraiment m’aller parce que je l’ai fait tellement mal que Jimmy la Botte, aussi idiot qu’il l’était, l’a compris. J’ai cru que j’allais me prendre sa semelle dans la gueule. Au lieu de ça, il a pété la table et nos chaises. Mon paternel avait donc raison de s’en faire pour son pub. Moi et Jimmy la Botte, on a recommencé à jouer, pour de vrai, cette fois-ci, sans quoi celui qu’il cassait en deux c’était moi, selon ses propres termes. Je l’ai dépouillé et au lieu de m’exploser le crâne à coup de santiag, Jimmy la Botte m’a tapé deux fois dessus avec sa main en se marrant.

Ce jour-là, j’ai compris deux choses : que mon paternel avait pas toutes les réponses et qu’il n’y a aucune raison de laisser gagner un adversaire. Je l’ai plus jamais fait.

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