vendredi 6 novembre 2009

Réponses à Sylvain Levey !

Vous pourrez trouver les questions sur mon site, http://www.marineauriol.com !

Moi, auteur, à mon avis,
La littérature ne serait ni une chose, ni un truc, ni un machin, mais peut-être bien un bidule qui servirait à tout et qui bien qu'inutile sur le papier serait incontournable dans chaque chose, truc ou machin.
Moi, auteur, à mon avis, la littérature sert, serre, cerf mais ne serf pas.
A faire rêver, peut-être?
A décorer un pan de mur de salon ou le derrière d'un petit président en photo officielle, malheureusement...
A utiliser du bois après les tempêtes, allumer un feu certes mais dans ma cheminée intérieure plutôt que celle de ma maison.
A faire rire dans les chaumières, et puis pleurer, et puis parler et puis s'engueuler, se séduire, s'occuper, se triturer l'hypophyse et puis le cervelet...
A faire parler les bavards uniquement si leur langue est assez longue pour toucher le bout de leur nez.
A faire vendre... il paraît que tout s'achète même le vent s'il est bien vendu, je préfère l'emprunter quand il y a du soleil.
A faire vomir... Toute sa rage, tous ses maux, tous ce qui tourneboule, heureusement que certains mots sont là pour enfoncer leurs doigts au fond de notre gorge, on serait ballonné sans eux.
La loi m'interdit de n'en citer qu'un seul et pour ne pas leur faire de pub, je ne répondrais pas à cette question-là !
Dans les salons mondains on n'en parle même plus, les érudits se préoccupent des fesses d'une certaine Cindy (moi j'ai rendu ma casquette d'érudit)
Sujet au bac, même plus, tant mieux tant pis, de section encore mais pour combien de temps ?
Table de camping, meuble télé, étagères à cds, commode en formica, tout est bon à caler et rien ne vaut un truc intitulé "Libre" (et non livre) d'un certain Nicolas S. La taille est parfaitement adaptée à tout calage et s'il est trop épais, on peut en brûler quelque page (là vraiment dans la cheminée de la maison)
Combien de Paris-Marseille ai-je occuper à ça ? je ne les compte plus.
En revanche, si la protection au soleil est acceptable, le sont beaucoup moins les marques laissées par un livre de poche sur un ventre exposé...
Et les médiathèques toutes sales et toutes vielles aussi !
Des questions sur/dans/en/pour/au sujet de moi/toi/elle-lui/nous/eux et un peu les autres aussi...
ça te va, toi questionneur, comme choix et explications ?

mercredi 9 septembre 2009

Mais où sont les metteurs en scène ?

Ok, j'ai un peu traîné... ok, je me suis un peu laissée aller au farniente, aux vacances, au "ah oui, c'est vrai j'ai un blog mais bon sang d'une bonne chaise longue qu'est-ce que j'ai la flemme de l'actualiser"... Ok, la rentrée a déjà bien démarré et ok j'attends le 09/09/09 (aucun lien) pour y coller un nouveau post, ok...
Mais il est hors de question que ça m'empêche de pousser ma gueulante, histoire de bien commencer la saison ! Non mais !

Alors, voilà, ça commencera comme ça : marre marre marre d'écrire du texte de s'entendre dire c'est bien c'est vachement bien vraiment là y a quelque chose ça résonne ça prend de l'ampleur de la hauteur vraiment là y a quelque chose oui mais voilà on en fait quoi ?

Ben j'en sais rien moi... J'suis pas metteur en scène (enfin plus, enfin plus ça va et plus j'envisage de m'y remettre comme ça au moins j'essayerai d'en faire quelque chose ) Parce que j'en ai des textes qui sont biens-vachement-biens-vraiment-là-y-a-quelque-chose (oui, cette saison je décide aussi de mettre la modestie de côté, juste pour voir si ça change quelque chose !) et ils restent dans un tiroir et ça m'agace... ouh que ça m'agace ! Et puis quand je les mets en ligne, histoire que ça circule un peu, je m'entends dire "tu-sais-tu-ne-devrais-pas"...

Ben oui, mais alors je fais comment ? Pas les moyens d'en faire des tas de copies et de les envoyer par la Poste ! Pas les moyens non plus pour ceux qui sont édités (et merci encore aux Editions Théâtrales) d'offrir des exemplaires ! Alors voilà, je mets mes manuscrits en libre lecture (et non service) et j'attends que ça vienne... J'appâte un peu autour du bouchon de ma canne à pêche.

Et le bât blesse peut-être là... ça ne suffit pas... alors promis, l'année qui arrive je vais tester d'autres méthodes, je pars en chasse, la carabine sur l'épaule, je vais traquer, pister, débusquer et si je n'en trouve toujours pas, je reprendrai la casquette.

Voeu pieux, certes...

lundi 1 juin 2009

Ici Montréal, bis...

Bon, je vous l'avais promis, quelques mots en direct de Montréal pour clôturer les posts Québec Résidence, mais peu de mots parce que d'abord la journée fut longue et qu'ensuite j'ai quand même un peu d'émotion à écrire ce post et que je sens pointer dans mes doigts les sanglots que j'étouffe dans ma voix...
Quelle belle dernière journée de résidence où après avoir dit adieu à notre domaine Forget que nous regretterons (à l'exception de la cafétéria), nous avons pris la route pour Québec et son Carrefour International où nous devions lire dans l'après-midi des extraits des travaux de la résidence au théâtre le Périscope.
Brunch artistique d'abord où la sensation étrange que nous sortions d'isolement pour côtoyer le monde nous a un peu handicapés dans l'établissement de bonnes relations avec les autres artistes du Carrefour. Le monde est terrifiant quand vous sortez de votre caverne ! Et ça n'est pas une bonne assiette de fritata, viennoiseries et autre confiture de bleuet qui le rend moins intimidant !


Un petit tour dans le Québec touristique plus tard et nous voilà au Périscope, prêts à confronter nos oeuvres encore en gestation au regard du public. L'accueil fut bon, excellent même, belle écoute de chaque texte, belles lectures et discussion sympathique à la suite. Une bière au Zinc, le bar du festival et nous étions déjà repartis vers Montréal.


Mais je ne peux clôturer ce post en vous signalant que nous avons soupé au Madrid, restaurant à mi-chemin entre Québec et Montréal, où se mélangent dinosaures en plastique et Monster Trucks en liberté... J'ai mangé là ma deuxième poutine et mille excuses à Ginette, je l'ai trouvée meilleure (ou alors juste je m'habitue !).



Enfin, bref, c'est dans la froid de Montréal que nous nous sommes dit au revoir, devant le château de l'Argoat, le revoilà notre joli hôtel sur Sherbrooke Est... Triste, même si je n'en doute pas, nos chemins de francophones se recroiseront très prochainement !



Demain, c'est décidé je magasine et je me promène et puis je reprends un avion vers la France... Ou pas...

A nouveau des becs et à bientôt en France pour d'autres aventures !

samedi 30 mai 2009

ça sent la "fin"...

Voilà, dernier jour d'écriture à Saint Irénée, la journée s'est achevée sur une lecture de nos dix minutes respectives. Répétition de demain au Carrefour International de Québec.
Un petit mot rapide comme ça en résonance de ces quinze derniers jours.
On a bien travaillé, bien sué, bien écrit, bien gueulé, bien bu, mal mangé !
Les six pièces ont bien avancé, bougé, été secouées, réécrites, découpées, ont fait leur route !
L'écriture francophone a de beaux jours devant elle, elle promet de belles rencontres, de beaux échos, des lectures, mots, textes qu'on emporte avec soi chacun dans son pays.
J'ai l'impression d'écrire une fin mais non promis, vous en aurez encore. Demain, à Montréal, un petit mot de plus pour raconter le Carrefour, un petit mot encore avant le départ et le retour en France où s'achèvera la dentelle du Kid un peu plus tard. Lui et moi, le temps de respirer !

Saint Irénée, le 30 mai à 10h53...

J'écris le mot "FIN"...

soleil ou brouillard...


Le même quai à Saint Irénée à la même heure, jeudi et vendredi...

jeudi 28 mai 2009

Aujourd'hui...

Rien... Mais alors rien de rien...
Un petit tour sur la plage avec un cahier et un stylo et qui sait...
Mais j'en doute... On verra tout à l'heure...

mercredi 27 mai 2009

Troisième séance de travail avec Larry Tremblay

Aaaaah, ça va mieux ! Aaaah, j'suis rassurée ! Aaaah, les changements fonctionnent ! Comme quoi, une petite gueulante deux jours avant, une petite tronchonnade, une petite digestion et hop ça s'exprime sur l'écran.
Bon, j'veux pas en rajouter une couche mais y a deux jours, Larry ne voulait pas me laisser terminer aujourd'hui, il exulte et si je ne finis pas, ça serait quand même bien dommage !
J'ai plus qu'à me remettre tout de suite au boulot... Ce soir, gueuloir avec les autres, histoire d'avoir encore d'autres sons dans mes oreilles mais visiblement, le bourdonnement, ça fonctionne chez moi...
Et puis tiens, puisque c'est comme ça, lisez donc vous aussi :

Poutine For Ever !

Presque sans commentaire... !


Quand je pense qu'il va falloir se remettre à bosser, maintenant...

Le Kid, (re)(re)début

(Une salle de jeu plongée dans le noir. Quelque part quelqu’un joue avec une pile de jetons, les faisant s’entrechoquer, les empilant, désempilant. Soudain le bruit s’arrête. On allume une cigarette. La cendre brille dans le noir. Doucement une lampe suspendue au dessus d’une table de jeu s’allume. Cinq chaises autour. Le joueur est assis sur l’une d’entre elles, il porte des lunettes de soleil, un jeu de cartes et une pile de jetons sont posés devant lui.)

Le joueur
Il ne s’agit pas de chance. Jamais. Ceux qui disent qu’il s’agit de chance ne savent pas à quoi ils jouent. Ceux qui comptent sur la chance sont certains de perdre. La chance est une pétasse d’allumeuse. On peut pas lui faire confiance. Elle te caressera la cuisse puis embrassera le cou d’un autre joueur dans la même seconde. La chance excite tout le monde mais ne couche avec personne. La chance s’amuse avec le joueur, elle le fascine. Elle danse devant son nez pour qu’il ne se maîtrise plus. Et quand il est fou d’elle, le cœur sec, elle l’abandonne comme un chien au bord d’une route la veille des grandes vacances.

(Un temps.)

Il n’y a qu’une seule carte qui s’adresse à la chance au poker. On l’appelle la rivière. La toute dernière carte qu’on retourne sur la table, celle qui peut faire avorter la meilleure stratégie, qui peut bluffer un bluff, retourner les situations, inverser les statistiques. On l’espère autant qu’on la redoute. Car le lit de la rivière est une tombe qu’on creuse avec la chance à ses côtés. On n’y baise pas, on y crève.

(Un temps.)

Dans toute ma vie de joueur de poker, je n’ai jamais attendu la rivière. Je n’ai jamais attendu la dernière carte. Mes mains sont faites avant qu’elle ne s’annonce. On risque trop à laisser la chance s’inviter à la table. Se noyer peut-être, se noyer dans l’eau verte de la rivière et suffoquer. Mourir d’avoir cherché la chance, belle fin pour un joueur. Je tente le coup. Je tente la chance. Ce soir, ici, à cette table, la main la plus importante de ma vie se jouera sur la rivière.

Post au pâté chinois...

Assez, j'en peux plus, trop, c'est trop, ce soir, couronnement de l'immangeable bouffe qu'on nous sert midi et soir à la cantoche du Domaine Forget, le pâté chinois m'a fait craquer, définitivement ! Trop, c'est trop, je forfaitise et après la deuxième bouchée que j'avais essayée de sauver en y rajoutant basilic et huile d'olive (procédé qui avait fonctionné le midi précédent) j'ai balancé sans autre forme de procès mon assiette aux oubliettes ! Stop au gaspillage, je n'irai plus. A quoi bon ! Imaginez pour ceux qui ont la chance de ne pas connaître le susnommé pâté chinois, une sorte de hachis parmentier aux maïs extra-doux (tellement doux qu'on le dirait sucré) En soi, déjà, c'est pas l'extase mais alors préparé dans les cuisines du Domaine Forget, c'est un affront irréparable à la cuisine québécoise ! Moi, j'ai ma dose, je rentre dans mon studio et je prépare des pâtes à l'ail et au basilic ainsi qu'une petite salade de tomates aux fraises (si, si, c'est très bon) Demain, allez savoir demain, j'irai chez Ginette, bar laitier et hot-dogs en tout genre à midi pour manger la poutine et puis un tour au dépanneur pour garnir le frigo...
Heureusement qu'on n'est pas là pour manger mais pour écrire... Mais quand même !

mardi 26 mai 2009

ça gigote, ça remue, ça fait des vagues...

AAaaaah, je ne sais plus. Je ne sais plus mon latin, mon français, mon québécois, je ne sais plus comment écrire ou quoi ? J'en suis où ? Après la bombe, après Larry, les yeux de Larry me regardant incongrus, incrédules, indiscernables, je ne sais plus ! Il y a des moments où on ne doit pas surtout ne doit pas faire lire l'en-cours au risque de parasitage, nettoyage, freinage, ratiboisage... Questions sur questions, il voulait que je m'explique. Mais ça n'est pas clair encore pour moi alors comment lui rendre limpide à lui ?
J'ai un peu aboyé, pesté, fait ma mauvaise tête, mon ego d'auteur en bandoulière, hein, quoi, pas clair ? Et ta tête à l'envers, ça le sera plus ? J'aurais peut-être pu pleurer ? Hein, quoi, cliché ? encore mais non, tu ne comprends pas, c'est tout. T'expliquer ? Ben... J'pensais pas avoir besoin de te décortiquer la crevette pour que tu la manges...
Ouh, hier j'étais colère... J'ai donc laissé couler, fait quelques courses parce que je manquais d'ail, pas dans ma cuisine non, en général, la nourriture étant au choix sucrée, salée, collante, indéterminée ou tout ça à la fois, jamais d'ail et ça me manquait. Une gousse donc d'ail plus tard, un gueuloir de Patrick (séance de lecture entre auteurs ) écouté, une nuit digérée, un footing en montée, une promenade sur la plage loin loin loin, je me suis retoquée et j'ai étoffé.
Ben maintenant, j'en sais encore moins mais j'avance. Carte à carte, la partie se déroule. J'ai une fin, merci Larry et sans rancune pour la fight, j'espère, parfois faut pas que je donne à lire, maintenant je le sais !

lundi 25 mai 2009

La bombe est tombée, hier soir...

Voilà, la bombe du Kid, je l'ai reçue sur le coin de l'écran hier en fin d'après-midi. En plein milieu de la nuit pour la France. Il a bien fallu que je m'oblige à m'arrêter d'écrire, sans ça, c'était foutu, je finissais la pièce dans la foulée, je m'épargnais le mauvais dîner à la cantine du Domaine Forget (une bonne idée peut-être...) et je me tournais les pouces en me disant que j'ai peut-être gâcher mon personnage le reste de la résidence...
Qu'est-ce qu'une bombe ? C'est un moment dans mon écriture où tout à coup sans vraiment m'en rendre compte j'amorce une résolution, un retournement qui doit normalement m'emmener au point final. Le risque, c'est que tout aille trop vite parce que finir, dieu que c'est bon mais finir trop vite, dieu que ça craint ! A 17h30, heure locale, hier, j'ai donc débranché ma clé usb et je suis allée me balader sur la plage, histoire de faire le point, de peser les pours et les contres et d'envisager la suite. J'ai laissé reposer toute la nuit et ce matin, j'ai ré attaqué en espérant ne pas subir d'irradiation.
J'ai avancé un peu. Pas à pas et puis je me suis dit qu'avant de continuer un petit tour chez Larry Tremblay serait tout indiqué. Je viens donc de déposer quelques feuilles dans son studio et j'attends le rendez-vous de l'après-midi, juste pour voir si...
Vivement qu'on cause parce que ça me démange un peu et la décontamination est vraiment nécessaire...
Le point plus tard, promis !

dimanche 24 mai 2009

Le Kid, (re)début...

(Une salle de jeu plongée dans le noir. Quelque part quelqu’un joue avec une pile de jetons, les faisant s’entrechoquer, les empilant, désempilant. Soudain le bruit s’arrête. On allume une cigarette. La cendre brille dans le noir. Doucement les lampes suspendues au dessus des tables de jeu s’allument. Le joueur est assis à l’une d’entre elle, il porte des lunettes de soleil, un jeu de cartes et une pile de jetons sont posés devant lui.)

Le joueur
Il ne s’agit pas de chance. Jamais. Ceux qui disent qu’il s’agit de chance ne savent pas à quoi ils jouent. Ceux qui comptent sur la chance sont certains de perdre. La chance est une pétasse d’allumeuse. On peut pas lui faire confiance. Elle vous caressera la cuisse puis embrassera le cou d’un autre joueur dans la même seconde. La chance excite tout le monde mais ne couche avec personne. Il n’y a qu’une seule carte qui s’adresse à la chance sur un flop. On l’appelle la rivière. La toute dernière carte qu’on retourne sur la table, le lit de la rivière est une tombe qu’on creuse avec la chance à ses côtés. On n’y baise pas, on y crève.
Dans toute ma vie de joueur de cartes, je n’ai jamais attendu la rivière. Je n’ai jamais attendu la dernière carte… Sauf ce soir… La main la plus importante de ma vie va se jouer sur la rivière.

(Bruits de salle de jeu, brouhaha, machines à sous, cris de joies étouffés. Soudain, on distingue une petite berceuse toute douce, quelques notes qui se perdent au milieu du bruit.)

La première carte que j’ai touchée, ma toute première carte, c’était un trois de trèfle. Rien d’extraordinaire. Une carte qui ne sert à rien. J’aurais pu construire une légende là-dessus. J’aurais pu dire que ma première carte en main était un as de pique. Une carte qui en jette, une carte qui aurait fait bien dans mes biographies posthumes. Une carte qu’on aime voir quand le croupier vous balance vos deux cartes sur la table. Mais non, ma toute première carte était un trois de trèfle. Et franchement ça craint. Commencer sa vie de joueur par un trois de trèfle, ça craint.

1) Petite Blind

(Le joueur pose un jeton au centre de la table.)

Pour le Trésor Public, mon père tenait un pub. Pour tous les habitués, il était bookmaker. Un bookmaker indépendant à l’époque où la Famiglia gérait tous les paris de la Grosse Pomme. Métier dangereux. Si on n’arrosait pas les bonnes personnes, on risquait de couler. Littéralement couler, un bloc de béton à chaque pied. Le vieux savait y faire. Du cash dans la poche des parrains et ni sa vie, ni sa petite entreprise ne prenait l’eau. Moi, j’ai grandi avec ces mecs. Ils m’ont tout appris les cartes, les fringues, la frime et le vocabulaire cliché des mauvais films. J’étais un peu leur petit singe savant. Le gamin qui les singeait, ça les faisait marrer jusqu’à ce que je commence à les battre aux cartes. Là ils trouvaient ça moins drôle. Je leur piquais le fric qu’ils piquaient au vieux. La boucle était bouclée, retour à l’envoyeur dans les règles de l’art, j’avais même pas besoin de tricher. Le pognon changeait de poches en passant sur la table et ça, même s’ils appréciaient moyen, ils respectaient.

(Le joueur bat les cartes et en distribue deux à un adversaire imaginaire, repose le paquet de cartes et regarde les siennes.)

Un jour, Jimmy la Botte, 34 ans dont 17 passés à récupérer les pots de vin pour la Famiglia à coups de santiags dans la gueule des mauvais payeurs, a voulu jouer contre moi.

Je suis.

J’ai neuf ans.

Papa, papa, papa ! J’peux jouer, j’veux jouer, allez, papa, papa, papa, j’vais l’battre ! Tu vas voir, papa, papa, papa, J’vais l’tuer. Mon truc, les cartes, mon truc à moi, mieux qu’les petites autos, le p’tit train, p’tits soldats, même mieux qu’le Monopoly ! J’suis fort, hein, je suis fort. Papa, papa, papa. Tu m’emmènes au zoo après ?

Laisse le gagner.

(Silence.)

Oui, Pa.

(Le joueur jette ses cartes sur la table.
Un temps. Soudain, il se lève brutalement. Sa chaise tombe sur le sol.)


Qu’est-ce que tu fous ? Tu m’prends pour un con ? Tu crois que je t’ai pas vu ? Tu crois pouvoir jouer à ça avec moi ? Tu crois que j’vais te laisser faire ? Tu crois qu’on peut m’avoir comme ça ? Si tu joues, tu joues, tu fais pas semblant, tu mets pas tes billes sur la table en faisant croire que c’est tes couilles. Parce que si tu fais ça, encore, j’vais les chercher, tes couilles et j’les miserai à ta place. Capice ?

(Un temps.)

Oui, M’sieur.

(Le joueur se rassoit et ramasse les cartes sur la table, il bat le jeu et redistribue deux cartes au même adversaire imaginaire, pose le jeu et regarde les siennes.)

Je relance de 1000.

(Le joueur pose quatre jetons au centre de la table.
Silence.)


Ce jour-là, j’ai même pas eu besoin de jouer mes couilles et au lieu de prendre la semelle de Jimmy dans la gueule, j’ai pris son fric et son estime.

(Le joueur sourit et ramasse les cartes qu’il remet dans le paquet. Il récupère également les jetons sur la table.)

Je joue. Aussi loin que je me souvienne, ma vie, ça a toujours été ça. Des cartes, des jetons, des mises, petite et grosse blinds, au bouton, dealer, deux cartes, les flops se sont enchainés, les adversaires aussi, il n’y a plus que des yeux qui se ressemblent tous dans mes souvenirs. Des yeux pleins d’espoir qui virent vite au trou noir. Je suis un gouffre pour les yeux de mes adversaires. J’avale tout, j’aspire tout, je me remplis de leurs certitudes de jeu. A ma table, ils sont morts avant de s’être assis.

(Le joueur tombe de sa chaise violemment.)

Je joue. Oui, je joue.

(Il se relève, remet sa chaise à la table, s’assied et pose deux jetons au centre. Il bat le jeu et distribue les cartes.)

Le jour des baleines...

Aujourd'hui, nous étions de sortie (sans Lise Vaillancourt qui non n'est pas restée au domaine Forget pour écrire mais qui était attendue à Montréal en sa qualité de Présidente du CEAD pour des lectures). Nous donc, Thierry Janssen, Luc Dumont, Sarah Berthiaume, Patrick Quintal, Larry Tremblay, Alain Jean et moi-même avons pris notre char en direction de Baie Sainte Catherine dans l'espoir d'apercevoir des baleines ! Comme vous allez pouvoir le voir ci-dessous, nous en avons vues quelques-unes mais sans téléobjectif, on ne peut pas dire que ça rende très classe... Enfin, vous aurez au moins le plaisir de voir 7 auteurs-bibendums gelés jusqu'à la trogne...










Promis, demain, on se remet au boulot...

jeudi 21 mai 2009

Le Kid tombe en amour...

La scène du jour. Promis, bientôt, je vous (re)donne le début qui a un peu changé. En attendant, sous le soleil de Charlevoix, après une glace au coulis de sirop d'érable, ça a donné ça...

Augmentation des blinds.

(A nouveau le joueur ramasse, bat et distribue. A nouveau il regarde ses cartes et les repose. Le brouhaha de la salle augmente. Le joueur prend sa tête dans ses mains. Au milieu du vacarme, un rire de femme léger comme une caresse se fraye un chemin jusqu’à lui.)

Tu me raccompagnes ? Oui, m’dame.

(Il relève la tête.)

Elle s’appelle Carra. Carra, comme un carreau. Elle a trois ans de moins que moi et pourtant j’ai l’impression d’être le gosse. Un petit gosse maladroit avec le nez qui coule et les mains toutes collantes de sucre. Elle me regarde avec ses yeux dorés et j’me sens encore plus petit. J’me sens tout ratatiné à l’intérieur, ça se rapproche dans les tripes, ça se contracte dans l’estomac, ça se serre dans le cœur. Elle me regarde et j’sens qu’à l’intérieur tout se tasse pour lui faire de la place. J’voudrais me remplir d’elle. J’voudrais tellement être plus grand pour l’avaler toute entière.

Augmentation des blinds.

(Le joueur distribue à nouveau deux cartes à chacun de ses adversaires imaginaires et le fera à chaque nouvelle « augmentation des blinds ».)

Pourquoi moi, Carra ? J’suis pas beau, pas riche, pas drôle, pas tendre, pas compréhensif, pas là, pas à l’écoute, pas rassurant ni même effrayant… J’suis pas influent, pas écouté, j’suis pas fascinant, pas aimable, pas fréquentable, pas sortable, j’sais pas me tenir à table, tu verrais ça, j’sais pas tenir un couteau, ma fourchette, j’sais pas quoi en faire, si je pouvais j’mangerais avec les doigts, et même avec mes doigts, j’y arrive pas vraiment.

Augmentation des blinds.

Pourquoi moi, Carra ? y en a d’autres, tellement d’autres mieux que moi. D’autres qui te sortiraient dans des restaurants chics, t’emmèneraient au théâtre, moi le théâtre, j’sais pas où c’est. Les autres, ils t’offriraient des trucs, des bagues, boucles d’oreille, rivières de diam’s, ils t’offriraient des robes, fourreaux, fourrures, ils te donneraient tout, moi je sais pas donner. Je prends et j’sais pas dire s’il te plaît, ni merci.

Augmentation des blinds.

Pourquoi moi Carra ? Pourquoi les femmes comme toi sont pas comme toi ?

Augmentation des blinds.

Carra ?

Augmentation des blinds.

J’suis rien qu’un joueur, Carra.

Augmentation des blinds.

(Le joueur n’a plus de cartes à distribuer.)

Viens te coucher, petit gosse.

(Silence.)

T’es obligé de jouer. Tu ne peux plus attendre tranquillement que la chance vienne ou tourne. A chaque fois, de grosse blinde, tu vois fondre ta pile de jetons. Si tu te jettes pas dans l’eau verte, tu suffoqueras à petit feu. Ça te grignotera la chair, te rongera les os, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un grand vide devant toi. Parce qu’en toi, le vide est déjà là depuis longtemps.

soirée à l'extérieur...


Lise Vaillancourt et Thierry Janssen



Larry Tremblay et Luc Dumont

mercredi 20 mai 2009

1ère séance de travail

Voilà, je l’ai eue ma première séance sur mon Kid avec Larry Tremblay, mon dramaturge québécois. Tu sais tu quoi ? Il était temps. Parce qu’à écrire, écrire, écrire, j’ai oublié que c’était du théâtre. J’ai oublié que ce personnage se dresserait sur scène et me toiserait de mépris de lui avoir fait raconter sa vie. Je voulais plus qu’une vraie-fausse biographie pour lui et la route que j’emprunte en avait la couleur et l’odeur mais ça n’en était pas (ni une biographie, ni du Canada Dry)

Nos questions avec Larry ont été les mêmes. Pourquoi, pour qui, vers où ? L’enjeu, la langue, la forme ? Si bien que j’ai hésité à ne pas tout effacer pour tout recommencer, une temps. Un tout petit temps à peine plus long qu’une pause. Et puis j’ai réfléchi et j’ai changé mon Kid d’épaule. Il prend appui, garde sous le coude, mais retrouve une voix. Une voix à haute voix à jouer. Je le ramène au théâtre, à l’acte, à la scène. J’en fais un personnage, comme je le voulais.

Profession de foi ci-dessus, je ne cache pas que je tâtonne un peu dans le noir mais ne pas trop savoir ce que l’on touche est assez excitant quand on est entre gens de confiance. Patientez je reprends au début mais je vous en garde la primeur. Tout arrive…

lundi 18 mai 2009

Le long du Saint Laurent, j'ai rencontré...

Après une courte nuit dans le charmant château de l’Argoat à Montréal, nous avons embarqué dans notre carrosse de service. Malgré le château et le carrosse, le nous n’est pas de majesté même entouré de lys en drapeau. Nous, à savoir, Thierry Janssen et Luc Dumont, auteurs belges, Alain Jean, dramaturge du CEAD (Centre d’Essais des Auteurs Dramatiques) et moi-même avons embarqué dans une grosse Ford qui en y repensant tenait plus du corbillard que du carrosse ! Petit stop aux bureaux du CEAD, café avec Marc Drouin, récupérage (oui ça peut sonner bizarre mais au Québec on aime bien l' -age, du salon de perçage au magasinage...) de Larry Tremblay, dramaturge, Lise Vaillancourt, auteure (j'ai du mal à m'y faire à ce e-là mais bon) et Sarah Berthiaume, auteure et hop, hit the road, direction Saint-Irénée de Charlevoix, au-delà de Québec.

Quelques heures de route et un dîner (déjeuner) dans un dinner plus tard, nous voilà arrivés dans cet endroit magique qu'est le Domaine Forget, les pieds dans le Saint Laurent à flanc de colline, comme vous pouvez l'apercevoir sur les deux photos ci-dessous, chacun son studio, sa connexion internet et tutti quanti ! y a pas de raison qu'on n'écrive pas...
Après un souper à 18h (là franchement je ne vous cache pas que ce fut un poil difficile d'avaler la soupe-de-choux-fleur-le-poulet-les-petits-pois-le-cole-slaw-la-salade-le-gâteau à l'heure où normalement on mange des peanuts en buvant un coup de bière), nous nous sommes retrouvés chez Lise pour boire un coup sans peanuts (à l'heure où normalement on mange la soupe-de-choux-fleur-le-poulet-et-la-suite) pour causer de nos projets respectifs et de cette résidence qui s'annonce riche et belle.
A 00h30, j'étais couchée, à 4h20, réveillée...
Après avoir lutté pour dormir encore un peu, j'ai fini par émerger vers 6h30, tartiner un bagel de fromage et manger un muffin en lisant la très belle pièce Le jour où je me suis rencontré... de Thierry Janssen (souvenez-vous le nous de majesté un peu plus haut) et Sébastien Fernandez et me suis mise à bosser après une douche mais sans footing (ça gèle polaire, le matin !)
La scène de l'hippodrome a son dénouement... ça passe à mon dramaturge Larry Tremblay et après retravaillage, promis, ça s'affichera sur le blog ! En attendant, j'vous fais des becs !

Vues du studio





samedi 16 mai 2009

Ici Montréal...

Ayé, j'y suis, en plein Montréal avant de partir demain matin pour St Irénée de Charlevoix, pour quinze jours de résidence d'écriture francophone ! un petit mot rapide pour commencer, parce que n'y allons pas par six heure de décalage horaire, j'ai bien la tête dans le fondement et nom d'un petit québécois, il n'est même pas 18h !!! un petit mot juste pour vous dire que ça y est j'ai compris pourquoi les gens font des enfants ! la révélation, ce jour de mai, l'illumination devrais-je dire ! oui, on fait des mômes parce que dans l'avion tu embarques en premier, tu manges en premier, tu débarques en premier et surtout à l'aéroport Trudeau de Montréal, tu passes devant 3000 personnes qui attendent à la douane ! ça me donnerait presque envie... (private joke pour un ou deux certains qui se reconnaîtront... ou pas...) Mon enfant à moi, c'est un Kid qui a appris le poker avant de savoir compter et dont certains attendent la suite avec impatience, et ben ça tombe bien je suis là pour ça... et ça tombe encore mieux parce que pour tout vous dire, c'est pas trop l'éclate question inspiration depuis 6 mois alors j'espère bien que le baie du Saint Laurent, va m'en faire une vraie de révélation, une illumination sur la vie de mon personnage qui pour le moment est coincé dans un hippodrome avec un sacré gros ticket sur un cheval baptisé Perle d'Automne, qui serait peut-être bien un tocard de cannason... Allez savoir... Allez, c'est pour bientôt !

mardi 28 avril 2009

Pas de molière mais des remerciements !

Pour ceux qui suivent mes "actualités" (en bas à droite de la page d'accueil de mon site : http://www.marineauriol.com) vous pourrez remarquer qu'à la ligne résidence d'écriture francophone à Saint Irénée de Charlevoix la parenthèse "en attente de financement" a disparu ! Voilà, c'est confirmé, le 16 mai prochain, je m'envole pour le Québec afin d'écrire en toute quiétude et conseil la suite et fin du Kid. Mon billet d'avion ni remboursable ni modifiable est d'ailleurs imprimé !
Et cela, je le dois à plusieurs personnes et structures que je tiens à remercier dès à présent par ces quelques lignes : Mireille Davidovici et Aneth qui m'ont communiqué l'appel d'offre de cette résidence, Marc Drouin et Alain Jean du CEAD qui m'ont laissée dépasser les délais, L'Office Franco-Québécois de la Jeunesse et Jany de Chambrun pour leur soutien financier, Sandrine Grataloup à la SACD pour ses bonnes idées et Corinne Bernard, toute nouvelle directrice de l'Association Beaumarchais qui me suit et m'aide dans de nombreux projets !
Et comme ça fait un peu discours de remise de Molière (on peut cauchemarder un peu, non ?), j'en profite pour remercier les Editions Théâtrales et mes parents sans qui rien n'aurait été possible !

mercredi 25 mars 2009

Le Kid (suite)

J'suis pas trop allé à l'école, j'avais pas le temps et beaucoup mieux à faire. Entre les parties de cartes et les courses de chevaux. Ouais parce qu'à dix ans, je me suis découvert une passion pour les canassons. Enfin, pour l'argent qu'on pouvait se faire avec. Pas pour celui que je me faisais avec, parce que j'ai toujours gagné plus de blé avec les cartes qu'avec les courses. Même que j'en gagnais pas assez avec les cartes pour éponger mes dettes de courses. Heureusement que Jimmy la Botte assurait mes arrières. Ouais parce que depuis que je l'avais battu au poker, Jimmy s'était pris d'affection pour moi, une sorte de grand-frère protecteur qui me montrait la vie et s'assurait que mon père n'apprenne rien des conneries que je pouvais faire.

Bref, l'école, j'y ai pas mis les pieds très souvent. Et mes fonds de culotte s'usaient plus sur les bancs de l'hippodrome que sur ceux de l'école privée Saint Mary. Une école catholique, je vous jure ! Y avait bien que ma mère pour s'imaginer faire contrepoids aux mauvaises fréquentations du pub avec des bonnes sœurs ! En même temps qu'est-ce que Sœur Béatrice aurait pu m'apprendre de la vie que je me prévoyais. Parce qu'à dix ans, j'avais déjà un plan de carrière bien défini. C'est Jimmy qui me l'avait tracé. Une route pavée de cartes et de tripots enfumés qui me mènerait tout droit jusqu'à la belle vie. Pas besoin de trimer ici-bas pour gagner un paradis incertain là-haut. Ce pari-là, j'étais pas prêt à le faire. Mais tous les autres, en revanche… !

jeudi 5 février 2009

Il n'est plus le temps des voeux et surtout des voeux pieux...

Avec janvier se clôt la période des voeux et hasard du calendrier également les entretiens de Valois, sur l'avenir du spectacle vivant ! Hasard de mon calendrier j'ai un peu de temps, (pas assez pour les 336 pages du rapport quand même ! vous pourrez le consulter sur le site du ministère de la Culture ! si, si, ils existent encore : le site et le ministère ! ) Je vais donc vous en livrer la substantifique moelle en live en plongeant dans les conclusions.


CONCERNANT LES RESEAUX

1) Les labels (scènes nationales, conventionnées, etc...) ne doivent pas être remis en cause mais doivent réaffirmer leurs missions.

Pour savoir ce que j'en pense : Post du 11/12 sur mon blog !
2) La présence des artistes doit être envisagée sous une forme plus pérenne dans les différents lieux, sous forme de résidence-association ou de co-direction dans le cas des scènes nationales
ça, c'est sûr j'en ferai un post dans très peu de temps !

LES EQUIPES ARTISTIQUES

1) Les conventionnements passeraient de 3 à 5 ans, toute discipline confondue avec une évaluation la dernière année
2) L'entrée dans le conventionnement pourrait relever d'une décision de l'Etat, tandis que la sortie relèverait d'une décision liée à l'évaluation des experts.
Décision de l'Etat, mouais, mais qui et sous quel contrôle ? Et nos fameux experts, seront-ils eux-même conventionnés... ?

PENSER LES FESTIVALS

Définition de critères nationaux permettant de mieux assurer le soutien des festivals tant il apparaît qu'actuellement leurs réalités sont différentes...
Je crois que ça se passe de commentaire...

ET L'EUROPE DANS TOUT ÇA ?

Nécessité d'améliorer la diffusion des productions artistiques sur le territoire européen.
J'ai une pensée émue pour mes chers amis de la Comédie de Saint-Etienne (dont notamment Silvia Berruti-Ronelt) qui depuis maintenant 4 ans s'appliquent à faire connaître les pièces françaises en Europe grâce au beau programme TRAMES (Traductions et Mises en scène) en partenariat avec la Convention Européenne du Théâtre http://www.etc-cte.org/index.php?option=com_content&view=category&id=52&Itemid=86

SI TOUS LES THEATRES PRIVES ET TOUS LES THEATRES PUBLICS SE DONNAIENT LA MAIN...

Plus de fluidité entre productions issues du privé et du public.
Alors là, je voudrais m'esclaffer et j'attends avec impatience que Le Clan des Divorcées soit accueilli à la Colline et en retour le Caveau de la République jouerait Le soulier de Satin.

Et puis voilà la suite en vrac, car finalement, je n'ai plus beaucoup de temps et que tous ces voeux pieux me sapent un peu le moral parce que je ne peux m'empêcher de penser que le pieux en question risque de finir bien profond dans le coeur (ou autre part) du spectacle vivant !

- Création d'un nouvel espace de gouvernance territoriale, les Conférences du Spectacle Vivant (un autre salon pour causer... ?)
- Autonomie affirmée des politiques culturelles des collectivités territoriales (ça voudrait dire que Mme Albanel n'écrirait plus aux théâtres pour contester leurs éditos de plaquettes de saison ?)
- Pas de désengagement de l'Etat ou des collectivités territoriales (Et le gel du budget, on en verra le printemps un jour ?)
- de nouvelles ressources pour accompagner les projets artistiques (idem)
- Création du Centre National du spectacle vivant (on n'a pas déjà parlé du salon pour causer ?)
- Loi d'orientation pour le spectacle vivant (alors là, c'est le pompon et qui va nous la pondre cette loi, ce gouvernement là ?)

Allez moi j'abandonne, je replongerais peut-être une nuit d'insomnie dans ces 336 pages, je suis certaine que ça remplacera avantageusement le Stillnox...

lundi 19 janvier 2009

Le Kid (suite)

Un jour, Jimmy la Botte a voulu jouer contre moi. J’avais neuf ans, lui, 34 dont 17 passés à récupérer les pots de vin chez les commerçants récalcitrants pour la Famiglia. On l’appelait la Botte parce qu’il aimer bien exploser les têtes des mauvais payeurs à coups de santiags. Un artiste dans son genre. Un nerveux… Le genre de type qu’il vaut mieux ne pas mettre en rogne. Mon vieux m’a fait venir derrière le comptoir. C’était la première fois. D’habitude, je grimpais sur un tabouret et je payais mon verre de Coca. Un client tout ce qu’il y a de plus normal. Ce jour-là, mon père a soulevé la tablette du comptoir pour me faire passer derrière, dans son territoire. Il aurait pu la laisser abaissée, j’étais pas assez grand pour que ça me dérange, mais je crois qu’il voulait marquer le coup et bien me faire comprendre que ce qu’il allait me dire était important. Je sais pas trop si j’ai bien compris, j’étais plutôt impatient de mettre une dérouillée à Jimmy la Botte alors le symbolique, j’en avais pas grand chose à cirer. Mon père m’a regardé droit dans les yeux et il m’a dit « laisse le gagner » ça m’a scié.

Aujourd’hui je sais toujours pas si mon vieux s’inquiétait pour moi ou pour son petit commerce. A l’époque, j’ai pas cherché à comprendre, j’ai fait ce qu’il m’a dit. C’était lui qui décidait et j’avais rien à dire. J’ai laissé Jimmy la Botte gagner mais au fond de moi, ça devait pas vraiment m’aller parce que je l’ai fait tellement mal que Jimmy la Botte, aussi idiot qu’il l’était, l’a compris. J’ai cru que j’allais me prendre sa semelle dans la gueule. Au lieu de ça, il a pété la table et nos chaises. Mon paternel avait donc raison de s’en faire pour son pub. Moi et Jimmy la Botte, on a recommencé à jouer, pour de vrai, cette fois-ci, sans quoi celui qu’il cassait en deux c’était moi, selon ses propres termes. Je l’ai dépouillé et au lieu de m’exploser le crâne à coup de santiag, Jimmy la Botte m’a tapé deux fois dessus avec sa main en se marrant.

Ce jour-là, j’ai compris deux choses : que mon paternel avait pas toutes les réponses et qu’il n’y a aucune raison de laisser gagner un adversaire. Je l’ai plus jamais fait.