lundi 13 octobre 2008

Première Partie, scène 1

Une tranchée. La nuit n’est pas loin, le brouillard non plus. Soudi est adossée à un des murs de la tranchée. Elle regarde au loin. De temps en temps, elle se met en position de tir, armant son fusil, visant ce lointain qu’elle observait quelques minutes auparavant. A chaque fois, elle marmonne quelque chose qu’on ne comprend pas bien. Progressivement, on entend ce qu’elle dit.

Soudi - …rien à faire ici. Je n’ai rien à y faire. Rien de rien.

Elle relève la tête et regarde au dessus de son viseur. Un temps. Elle observe. Soudain, Immon pénètre dans la tranchée, aussitôt, Soudi recolle son œil au viseur. Immon observe la tranchée un moment en silence. Puis il s’adosse à un des murs de la tranchée.

Immon - Je m’appelle Immon.
Soudi - Je m’en fous.

Un temps.

Immon - Ils diront qu’il faut m’appeler autrement mais mon nom, c’est Immon.

Un temps.

Soudi - Rien à faire. (Un temps. Soudi relève légèrement la tête) Je m’en fous, je m’en fous, je m’en fous, je m’en fous, je m’en…
Immon - Je ne réponds pas si on m’appelle autrement.

Un temps. Soudi se tait et observe le lointain. Elle se redresse doucement et retourne s’adosser à l’un des murs de la tranchée. Immon regarde à son tour le lointain et soudain se met en position de tir. Il vise, arme, le coup part. Soudi a un léger mouvement de la tête.

Soudi - Raté.
Immon - Je sais.

Hadjo pénètre dans la tranchée.

Hadjo - Qu’est-ce que tu fous, Soudi ? Interdit de tirer, t’as pas entendu les ordres.
Soudi - C’est pas moi, c’est lui.

Un temps.

Hadjo - T’as un nouveau petit camarade ?
Immon - Et je m’appelle Immon.
Hadjo - Nul au tir, hein ?
Soudi - Il va s’améliorer.
Hadjo - J’espère pour lui. Alors, le nouveau, t’as pas entendu les ordres ?
Soudi - Fous-lui la paix, il vient d’arriver.
Hadjo - il va se faire engueuler.

Elta pénètre dans la tranchée.

Elta - Tu fais quoi là, microbe ?
Hadjo - Qu’est ce que je disais…

Un temps.

Elta - C’est à toi que je cause, microbe.
Immon - Je… J’ai cru…
Elta - Tu te prends pour un homme avec ton gros fusil ? t’as cru qu’on te respecterait si 5 minutes après être arrivé t’en butais un. C’est pas comme ça que ça fonctionne, morveux, ici. Tu fermes ta gueule et tu respectes les ordres. Et les ordres, c’est quoi ?

Un temps.

Immon - Pas de tir avant contrordre.
Elta - Pas de tir avant contrordre. Y a eu contrordre ?
Immon - Je crois pas…
Elta - Rien à foutre ce que tu crois. Y a eu contrordre ?

Un temps.

Soudi - Grouille, minus.
Immon - Je…

Un temps. Elta retourne son fusil et frappe Immon au ventre avec la crosse. Il s’effondre.

Hadjo - Aouch…
Elta - Alors ?
Immon - Non, y a pas eu contrordre.

Elta le frappe à nouveau..

Elta - Ça, c’est pour avoir désobéi aux ordres. Tu utiliseras ton gros fusil quand je te le dirai et tu seras un homme quand je l’aurai décidé. Ok, microbe ?

Un temps.

Soudi - C’est pas vrai, il le cherche.

Elta frappe à nouveau Immon.

Immon - Ok, ok.
Elta - Bien.

Elta sort de la tranchée.

Hadjo - Bien fait pour ta gueule, le bleu. T’as qu’à respecter les ordres, comme tout le monde. Même si ça t’emmerde, comme tout le monde. Morveux…

Il sort de la tranchée.

Immon - C’est Immon que je m’appelle.
Soudi - Il a raison. Les ordres, c’est les ordres. A peine t’arrives et tu veux aller contre. Tu t’en sortiras pas, comme ça. Tu peux pas t’en sortir tout seul. T’as besoin des autres. Et les autres, ça va avec les ordres. Ça peut pas aller sans. Alors tu fermes ta gueule, tu fais ce qu’on te dit, t’hésites jamais, pas une seconde et ça ira. Peut-être que tu t’en sortiras.

Un temps.

Immon - Et si j’y arrive pas ?
Soudi - Si tu y arrives pas ?

Un temps.

Immon et Soudi - Mourir.

samedi 11 octobre 2008

A quoi un auteur passe son temps ?

A remplir des dossiers. Si, si, des dossiers de subvention, de bourses d'écriture, des demandes de résidence à l'autre bout du monde, parce que ça n'est pas avec mes maigres droits d'auteur que je vais faire bouillir la marmite. Rien que le mois dernier, la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques) m'a versé la coquette somme de 3,75 €. Même pas de quoi à me payer un paquet de clopes, heureusement que j'ai arrêté de fumer.
Alors j'en suis réduite à remplir éternellement les mêmes formulaires, à cocher les mêmes cases, répondre aux mêmes questions "avez-vous déjà reçu l'aide à la création, si oui, en quelle année et pour quelle pièce", "exercez-vous une activité professionnelle ? " (évidemment parce que je ne vois pas très bien comment je pourrais vivre avec 3,75€) "synopsis du projet pour lequel vous demandez une bourse" Ah ça, j'en ai rempli des dossiers, j'en ai écrit des synopsis, beaucoup plus que de pièces ! J'en ai inventé des projets que je ne mènerai jamais au point final pour cause d'absence de bourses ! Parce qu'on en est tous réduit à ça : n'écrire que lorsqu'il y a de l'argent à la clé, ne pas perdre de temps et de l'inspiration avec des projets personnels, écrire sur commande !

C'est parfois d'ailleurs un peu déprimant, parce que si on fait le compte, on en perd du temps à remplir des dossiers... Du temps qu'on n'aura pas pour écrire...