dimanche 30 novembre 2008

Le Kid

Dans le noir complet, il allume une cigarette. Il tire dessus de temps en temps.

Je me souviens de la première fois. La toute première fois où j’ai touché une carte. Personne ne s’en souvient. On se souvient éventuellement de la première partie, du premier jeu appris, du premier adversaire mais pas de la première carte. Moi, je m’en souviens très bien. Je crois même que c’est mon premier souvenir. Un trois de trèfle. Rien d’extraordinaire. Une carte qui ne sert à rien. J’aurais pu construire une légende là-dessus. J’aurais pu vous dire que ma première carte en main était un as de pique. Une carte qui en jette, une carte qui aurait fait bien dans mes biographies posthumes. Une carte qu’on aime voir quand le croupier vous balance vos deux cartes sur la table. Mais non, ma toute première carte était un trois de trèfle. Et franchement ça craint. Commencer sa vie de joueur par un trois de trèfle, ça craint.

Pour le Trésor Public, mon père tenait un pub. Pour tous les habitués, il était bookmaker. Un bookmaker indépendant à l’époque où la Famiglia gérait tous les paris de la Grosse Pomme. Métier dangereux. Si on n’arrosait pas les bonnes personnes, on risquait de couler. Littéralement couler, un bloc de béton en guise de pompes. Mon paternel savait y faire. Des biffetons dans les poches des parrains et ni sa vie, ni sa petite entreprise ne prenait l’eau. Moi, j’ai grandi avec ces mecs. Ils m’ont tout appris les cartes, les fringues, la frime et le vocabulaire cliché de mauvais films. J’étais un peu leur petit singe savant. Le gamin qui les singeait, ça les faisait marrer jusqu’à ce que je commence à les battre aux cartes. Là ils trouvaient ça moins drôle. Je leur piquais le fric qu’ils piquaient à mon paternel. La boucle était bouclée, retour à l’envoyeur dans les règles de l’art, j’avais même pas besoin de tricher. Le pognon changeait de poches en passant sur la table et ça, même s’ils appréciaient moyen, ils respectaient.

Une lampe suspendue très bas au-dessus de la table s'allume.

jeudi 27 novembre 2008

Spectacle vivant, texte jamais fini ?

La question est posée... Quand peut-on se dire "stop, ce texte-là je n'y touche plus" ? Et bien franchement, je n'en ai pas la moindre idée ! Encore moins quand hier à 21h15, mon téléphone m'annonce "Cie Hiver Nu" et qu'une discussion un poil houleuse nous amène à la conclusion qu'il faut reprendre (presque) complètement le texte écrit à 8 mains Et toi qui n'est pas elle début septembre (avec Perrine Griselin, Sylvain Levey et Yannick Le Nagard) alors que la première a lieu dans une semaine. Je l'avoue, pour moi, ce texte-là, il était fini. C'est un monstre à 4 têtes, certes mais voilà ça fait son charme. Dense, plein, riche, touffu de folies, feux d'artifice pour le dernier épisode du feuilleton J'ai marché sous les pierres. Un bonbon acidulé de 3 tonnes en culotte de velours en guise de merci pour tous les spectateurs fidèles de cette aventure.Voilà qu'on nous le crache, discrètement remis dans son papier doré en nous expliquant que quand même il pèse son poids sur l'estomac de la mise en scène et qu'on pourrait peut-être en réduire la dose de sucre, non ? Ben... Oui, on va faire ça et en deux jours siouplait parce qu'il faut bien le monter après et que quand même la première c'est bientôt.
Est-ce que quand même j'ai le droit de soupirer un peu fort, voir de m'énerver et de penser tout haut "c'est bien dommage de risquer d'en faire une vague pastille de menthe, quand même..." non ?